vendredi 29 mai 2009

"C'est comme si d'un coup on se retrouve d'un état de blinde assez cynique et indifférent, à une sensation de mise à nu fragile et sur la défensive"

C'est la définition qu'une amie m'a donnée de l'amour. Merci Karine ! Je ne suis guère plus avancé, mais c'est toujours bien de mettre des mots sur les choses. Et puis je vois maintenant pourquoi mon sang-froid de tueur à gages disparaît quand je suis avec elle.

© gaspard_des_nuits@yahoo.fr

lundi 18 mai 2009

Plus d'une fois au petit matin, partir au plus vite. Tout s'est passé, tout est passé, et il n'y a rien d'autre à dire. Dehors l'air est frais, les rues festives sont encalminées et jonchées de détritus, balayeurs, taxis, teufeurs sur le retour et clochards. Les transports en commun sont encore vides. J'aime les premières heures des grandes villes, bien avant le rush. Jeter une poignée de préservatifs dans la première poubelle croisée. Rentrer et se doucher. Malgré les odeurs qu'on aimerait conserver, les saveurs qu'on voudrait laisser sur les lèvres. Entendre à la radio d'autres choses qui se passent, rien le plus souvent.

Toujours le même rituel, à Stockholm comme à Milan, Paris ou Berlin. Toujours la même envie de vide le matin, après une nuit avec une quasi inconnue, aussi débridée fut-elle. Il n'y a que le goût du café et l'allure du troquet en bas de l'immeuble qui changent. Et les nouvelles dans les journaux du matin sont toujours assez semblables, quelle que soit la ville, juste plus ou moins les pieds dans le caniveau selon les titres, Dagens Nyheter, Berliner Morgenpost, La Vanguardia, The Guardian, De Telegraaf, Libération. Un espresso serré, fort et pas trop amer, si possible, mais faut pas toujours demander l'impossible.

Un peu plus tard, le contact se renoue parfois et des liens peuvent se tisser, des sentiments, des amitiés fortes et au long cours aussi. Il n'y a pas de rencontres sans lendemains, même solitaires, même ordinaires.

Voilà pour le commun. Plus tard, je vous raconterai des lendemains extra-ordinaires.

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samedi 9 mai 2009

"Dans notre communauté, on dit qu'un couple ce n'est pas une histoire à deux, mais à trois. L'homme, la femme et Dieu." À ce moment du dîner, la perspective de finir la soirée sous sa couette m'a semblé irrémédiablement compromise. Ma belle prêtresse de l'orgone m'avait pourtant prévenu: "encore une grenouille de bénitier". Mais elle qui adore les expériences mystiques défroquées, ne va pas commencer à me donner des leçons ! Et puis, tout cela m'est tellement étranger que je n'imagine même pas que ça puisse (encore) exister, et surtout pas s'incarner dans une silhouette aussi séduisante.

Dommage, dans ce cas, il y a longtemps que la tentation du péché me titille. Enfin, il est excellent ce petit resto : parlons politique, géographie démographique et pensons plaisirs solitaires.

"Viens voir par ici !" En sortant, ma jolie évangéliste m'entraîne dans une petite rue pavée et étroite, bordée de jardins et de maisons plutôt coquettes, comme en trouve ça et là dans Paris. "C'est rôôômaaaaantique," je me voulais ironique et puis je l'ai sentie plus proche de moi, alors je l'ai embrassée. Après nous avons visité son nouvel appartement et nous sommes tombés d'accord sur la pertinence de l'évangile de Matthieu, "car l’esprit est prompt, mais la chair est faible".

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vendredi 8 mai 2009

"Ivre, très ivre, coeur royal ! D'héberger tant de houle..."
- Saint-John Perse, Amers


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dimanche 3 mai 2009

Il m'aborde en anglais, pour me demander l'heure, son accent est parfait. Je lève le nez de mon bouquin et je le dévisage. Il a un large sourire, qui fait saillir ses pommettes. Je cherche ma montre, qui n'est pas à mon poignet, et lui me tend la sienne: "I just mind if that is correct". Je sors mon portable et je lui confirme qu'il est bien midi moins cinq. "So it is correct. Thank you so much." Il s'assoit sur le banc près du mien. Il est grand, il a une tête d'acteur hollywoodien, une tête à la Anthony Quinn, celle qu'il a dans Zorba le Grec - il doit avoir le même âge - une tête ravagée par l'alcool. Il s'étire en regardant la cime des arbres, il a les cheveux et des vêtements sales, il a l'air d'un clodo. Il ne semble pas attendre quoi que ce soit. Et à force de le regarder je me perds dans la vision d'un lâcher prise, d'un coup de tête qui fait tout larguer, pour un départ sans destination. Une errance sans quête, juste et vide.

Quelque part sur la route de l'errance, elle est là. "J'ai ce qu'il faut pour voyager. Assieds-toi sur le sable. Je vais faire quelque chose pour toi, jeune homme un peu perdu. Je vais danser pour mon homme. Après, nous irons dîner. Et après, nous referons l'amour."