mercredi 24 juin 2009

je serai ce soir veilleur de vos passages,
je serai l'opérateur de vos silences,
brigandeur de franchissements,
gardien et maître de vos mouvements,
l'initiateur de tout affranchissement,
je serai l'ordonnateur,
je serai l'inspirateur,
je serai l'initiateur,

et vous tiendrez vos mains plus haut que toute mesure

Image: © gaspard_des_nuits@yahoo.fr

samedi 20 juin 2009

Escales bretonnes. Je vous épargne les histoires de pétole, les plaisirs innocents du soleil et de la plage, les joies des bouts et le problème des drisses. À l'occasion, je vous expliquerai tout de même le nœud de chaise, ça peut servir, je vous connais maintenant...

© gaspard_des_nuits@yahoo.fr

En dehors de la mer, du kouign amann et du biniou, la Bretagne dispose d'un autre grand atout touristique: les bistrots et les cafés. Le pays est remarquable, tant par le nombre que par la diversité de ses lieux de perdition alcoolo-festifs à vocation plus ou moins culturelle.

Je vous livre en vrac quelques uns de mes lieux préférés: le John R. O'Flaherty, à Vannes (Morbihan), Les Brasses du Bengale, à Port-Louis (Morbihan), Le Bistro à Lire, pour son choix de romans policiers parce que sinon là ça ne bouge pas trop, et le Ceili Pub, pour ses concerts, à Quimper (Finistère), Le Pourquoi Pas ? à Douarnenez (Finistère), Le Caplan & Co à Guimaëc (Finistère), le Ty Coz à Morlaix (Finistère), et La Cour des Miracles du Couvent Alternatif de Camlez (Côtes d'Armor).

Si vous voulez d'autres adresses, il y a deux mines qui permettent de sortir des plans crèperies du Routard ou du Petit Futé : La Route des Zincs, de Pol Guyomarc'h, aux éditions Coop Breizh et La Bretagne des Cafés Plus, d'Annaïg Baillard, éditions Des Dessins et Des Mots.


Voilà, un message assez creux mais vous me remercierez lors de vos prochaines vacances ou quand vous rendrez visite à votre vieille tante Soazig à Plougastel-Daoulas.

Pour tout vous dire, en ce moment et en ce qui me concerne, la Bretagne, une fois pied à terre, c'est ennui maximum et libido minimum. C'est comme ça. D'autres choses en tête, dont une grande prétresse de l'orgone à retrouver à Paris. Et puisque nous y sommes (enfin pas encore mais demain soir), je vous recommande aussi d'aller trousser la gueuse (ou le geux) celte au son de reprises poignantes ou endiablées de The Foggy Dew ou Sally MacLennane au Quiet Man, un petit point vert dans le Marais...

samedi 13 juin 2009

"Loin de moi et semblable aux étoiles et à tous les accessoires de la mythologie poétique,
Loin de moi et cependant présente à ton insu,
Loin de moi et plus silencieuse encore parce que je t'imagine sans cesse,
Loin de moi, mon joli mirage et mon rêve éternel, tu ne peux pas savoir.
Si tu savais."

- Robert Desnos, À la mystérieuse, 1926

Image: © Edmond Baudoin

jeudi 11 juin 2009

c'est entre tes mains que je connais le meilleur de l'abandon, toi la jouisseuse qui me pénètres, toi la vestale qui m'encules, je le sens qui entre en moi, lentement d'abord, et très vite je sens la plénitude de sa taille, et je bande comme un taureau, et je crève d'envie de te baiser, toi et tes semblables, et tu me tiens et me retiens et tu veux avoir le dessus, garce, et j'aime me sentir à ta merci, et j'aime cette rage de jouissance qui ne demande qu'à éclater, qui n'y parvient pas, qui croît sans cesse, sans qu'aucune digue ne lâche, sans que vienne l'explosion finale, et n'en pouvoir plus, et en vouloir encore, prends ma bite ! suce moi, branle moi ! fais quelque chose ! et tu joues salope à me baiser comme ta catin et je t'aime pour ça, aussi


- j'adore te voir jouir comme ça
- tu m'énerves

- c'était comment ?
- je crois que j'avais préféré tes doigts... enfin non, je ne sais plus... c'était bon et bizarre... le plaisir qui t'envahit, qui est de plus en plus fort, mais il ne sort pas, et tu sais que ce n'est pas de là que viendra la jouissance et que pourtant c'est là qu'est toute la force de l'orgasme qui vient, tout le plaisir qui t'inonde en ce moment... alors tu le laisses monter parce que tu sais que plus tu attendras plus ce sera fort et parce que tu as vraiment envie de prendre le pied de ta vie ... mais finalement je n'en pouvais plus, c'est pour ça que ta bouche, c'est pour ça que ma main, c'est pour ça que je me suis branlé, fallait que ça vienne...

- la prochaine fois faudra attendre plus ...
- on risque d'approcher de l'extase mystique

- tu as eu mal ?
- non

- à aucun moment ?
- non, ma belle c'était bon, tu m'as bien baisé

lundi 8 juin 2009

Selon une ancienne coutume tchouktche, si un homme vient demander l'hospitalité pour la nuit, l'hôte doit lui prêter sa femme. Et comme je sens grandir l'intérêt des lecteurs et lectrices de ce blog pour le peuple tchouktche, je veux bien vous en dire davantage.

Les Tchouktches sont comme vous et moi, ils prennent leur nombril pour le centre du monde. Dans leur langue ils se nomment Lygoravetlyan, c'est à dire "le vrai peuple". Sympa pour nous autres barbares.

Leur principal problème, c'est qu'ils vivent dans l'extrème nord-est de la Sibérie, sur les côtes de la mer de Bering, au nord du Kamtchatka, donc plutôt dans un des points de la planète où on se gèle grave et où on pense que le réchauffement climatique, si ça pouvait permettre de manger autre chose que du renne et du phoque, ça serait peut être pas une mauvaise chose. D'ailleurs, je les soupçonne de n'offrir leurs épouses et concubines aux hommes de passage que pour éviter de les retrouver congelés sous la yourte au petit matin. Essayez de creuser une tombe dans le permafrost vous comprendrez. Mais enfin, chacun sa croix.

C'est en Tchoukotka, sur l'île Ittygran, que Jean Malaurie a retrouvé l'Allée des baleines, un monumental assemblage religieux d'os et d'ivoires de cétacés gravés de hiéroglyphes rituels. Jean Malaurie fait partie de ces géographes anthropologues qui me fascinent. Un vrai poète, en plus d'un grand voyageur.

Tout ça pour vous dire que j'aime la géographie. D'ailleurs, j'ai passé une partie de la nuit de vendredi à samedi à rouler sur les routes de la banlieue parisienne avec une géographe cartographe en porte-jarretelles et escarpins bleus. Elle avait quitté sa robe en gage, ça lui apprendra à perdre le nord.

© gaspard_des_nuits@yahoo.fr

mercredi 3 juin 2009

Dans un voyage, ce qui compte, c'est le récit. C'est comme ça depuis l'exode des Juifs en Egypte, depuis l'Odyssée, et depuis qu'un empilement de glaces et de cailloux dans l'Océan Arctique a été nommé "Terre Verte" par un Viking aventureux.

Quand le 6 avril 1768, La Boudeuse jette l'ancre devant les côtes de Tahiti, commence une grande histoire de cul qui fera rêver et bander des générations de navigateurs.

"Les pirogues étaient remplies de femmes qui ne le cèdent pas, pour l'agrément de la figure, au plus grand nombre des Européennes et qui, pour la beauté du corps, pourraient le disputer à toutes avec avantage. La plupart de ces nymphes étaient nues. [...] Malgré toutes les précautions que nous pûmes prendre, il entra à bord une jeune fille, qui [...] laissa tomber négligemment un pagne qui la couvrait, et parut aux yeux de tous telle que Vénus se fit voir au berger phrygien : elle en avait la forme céleste."

Et oui, les vahinés elles avaient la santé, et face à deux cents jeunes hommes d'équipage, elles étaient bien décidées à prouver la supériorité de l'état de nature sur la civilisation !

Seulement, le voyage de M. le comte de Bougainville c'est du flan. De retour à Paris, Louis Antoine réécrit entièrement son journal de bord et fignole l'escale tahitienne pour émoustiller lecteurs et lectrices. Un vaste bidonnage, car le document original montre que les très jeunes filles qui s'offrent aux marins sont... en pleurs et pas vraiment rassurées par la perspective de se faire culbuter par l'équipage malodorant du navire. Ni la monogamie ni la fidélité sexuelle ne faisaient partie de la culture polynésienne, mais l'offrande joyeuse des vahinés aux marins de passage n'est qu'un gros malentendu.

C'est que, dès leur première rencontre, les Tahitiens avaient compris qu'il fallait tenir les Européens par la queue. Un an avant Bougainville, les Anglais leur avaient expliqué la civilisation à coups de canon... avant de lever l'ancre en urgence, quand il découvrirent que marins, matelots et soldats désossaient leur navire en douce pour en offrir les clous à leurs jeunes amantes.

Suivront l'infâme cohorte des missionnaires évangélisateurs et des petits bourgeois colonisateurs. Avant que Gauguin et Segalen ne rendent l'archipel au Dieu Sauvage.

J'ai beaucoup pensé à Tahiti depuis que cette jeune femme brune m'a montré le tatouage polynésien qui orne le bas de son dos. Pourtant en tenant ses hanches et en contemplant son très joli cul je n'ai pas songé une seconde aux vahinés langoureuses des îles.

Photo: Paul-Emile Miot (1827-1900), Îles Marquises, 1870