mercredi 30 septembre 2009

"Et combien le nom de Zinj el-Barr, le pays des Noirs, pouvait sonner comme celui du paradis dans les oreilles des chameliers fourbus, atteignant le port de Sour après des semaines de vent dans les dunes de l'Hadramaout. Lorsque accroupis sur leurs talons, tisonnant les braises et sirotant leurs minuscules bols de café, ils écoutaient le soir les esclaves leur dire la fraîcheur de l'herbe verte et la peau des femmes noires, l'eau des sources jamais taries, et les arbres fruitiers qu'aucun falaj ne devait irriguer." - Patrick Deville, Equatoria, Seuil, 2009

Finalement, cette fascination des marchands caravaniers et marins arabes pour Zanzibar, c'est un peu celle que j'éprouve pour la grande prêtresse de l'orgone.


jeudi 24 septembre 2009

"comprendre vraiment ce qu’est être ici
nuage, martinet, homme ou caillou —
c’est ainsi dans les moments les plus simples
que le dire s’enracine en son vivre —
puisse la saveur du jour dans la gorge
portée par l’ouverture trouvée,
pour d’autres parmi les herbes renaître -"

Lorand Gaspar, Patmos et autres poèmes, Gallimard, 2001

Image: © Edmond Baudoin

cette sensation si forte hier soir, dans ses bras, que les mots et la vie étaient de même source

lundi 21 septembre 2009

« Partout où des hommes vivent, un voyageur peut vivre aussi... » C'est ce qu'aurait dit Ella Maillart à Nicolas Bouvier et Thierry Vernet en quête de conseils et de soutien, avant d'entamer le voyage que Bouvier raconte dans L'usage du monde.

Une quinzaine d'années auparavant, Ella Maillart avait parcouru la route entre Genève et Kaboul (au volant d'une Ford flambant neuve, pas d'une Fiat déglinguée comme les deux autres) avec Annemarie Schwarzenbach, qu'elle essayait de libérer de la drogue. De ce voyage, Annemarie a tiré une série d'articles et l'un de ses textes les plus graves, les plus fervents : Les Quarante Colonnes du souvenir.

J'aimerais qu'Annemarie Schwarzenbach fut exactement ce que Roger Martin du Gard, avait écrit d'elle en 1932, une jeune femme promenant sur terre « son beau visage d'ange inconsolable ».

Entre Berlin et Zurich, elle a participé de manière très active à la vie artistique, anti-fasciste et débauchée d'une partie de la jeunesse révoltée contre l'autoritarisme pathologique de la société allemande. Ce sont Klaus et Erika Mann, les enfants de Thomas Mann, qui l'avaient initiés à la morphine et, c'est à la suite d'une rupture amoureuse avec Erika, qu'Annemarie avait commis sa première tentative de suicide.

Annemarie Schwarzenbach appartenait à cette génération qui avait eu vingt ans au moment où l'Europe avançait furieusement vers ses années les plus noires. En 1933, elle écrivait de Berlin à un ami de France, « La maison brûle inutile de se répéter la même chose. Elle brûle, nous en souffrons, toute l'humanité en souffrira ».

Elle est morte à 34 ans, d'une chute de vélo. Ella Maillart, elle, vécut jusqu'à 94 ans et elle a fait du vélo et du ski jusqu'à l'âge de 80 ans.

Ella Maillart était joyeuse et dynamique et Annemarie Schwarzenbach était son exacte opposée, mélancolique et apathique. L'ambiance de leur voyage en a souffert.

Annemarie Schwarzenbach

Quant à moi, c'est curieux, mais depuis quelques temps mon univers s'est peuplé de lesbiennes, permanentes ou épisodiques.

jeudi 17 septembre 2009

Petit extrait d'un livre lu récemment, un historique fascinant de la façon dont l'imaginaire du couple hétérosexuel est devenu dominant, et même obsédant, dans la littérature et la culture européennes.

Image: © gaspard_des_nuits@yahoo.fr

Les dernières pages ne parlent plus d'histoire mais de la société contemporaine :

"Selon eux [les autorités religieuses et les penseurs conservateurs], on assiste à une 'homosexualisation' de la société, dans la mesure où les hétérosexuels imitent les pratiques et usages homosexuels en oubliant le lien nécessaire entre amour et sexualité d'une part, sexualité et reproduction d'autre part. En effet, les normes traditionnelles voudraient que l'acte sexuel soit fortement encadré par la motivation psychologique en amont (l'amour) et la visée génésique en aval (les enfants). Or les relations amoureuses entre hommes et femmes sans élan amoureux véritable ou sans volonté procréatrice effective sont de plus en plus nombreuses, et de plus en plus visibles." L'invention de la culture hétérosexuelle, Louis-Georges Tin, Éditions Autrement, coll. "Mutations/Sexe en tous genres", Paris, 2008.

Et l'auteur évoque un monde - digne des pires cauchemars de Benoît XVI - dans lequel :

"Les couples hétérosexuels continueraient sans doute d'exister, mais pas pour la reproduction. Car pour cela il y aurait des techniques spécifiques. Ces couples se rencontreraient, se formeraient (...) pour le pur plaisir. Pour ce qui est des enfants, on utiliserait les techniques ad hoc, disponibles pour tous."

En tout cas, j'ai longtemps cherché le moyen de faire des enfants sans devoir récupérer la maman livrée avec. J'ai cru que ce n'était pas encore possible. Mais il paraît que j'ai mal cherché.

samedi 12 septembre 2009

Dès que j'ai découvert son oeuvre, j'ai été fasciné par les photos de Nan Goldin et par l'univers underground qui a longtemps été le sien. Mais au-delà du spectaculaire de la nuit, du sexe et de la drogue, c'est la force des sentiments, des pulsions et des tragédies qu'elle rendait presque bruts, sans fioriture ni décorum, c'est sa capacité à rendre palpable l'amitié, la passion et la folie, qui me l'ont rendue si attachante.

Ces deux vidéos, dans lesquelles elle évoque son travail, surtout ces premières photos, sont issues de Contacts, Portraits of Contemporary Photographers, réalisé par William Klein (2000).



"J'ai su très jeune que ce que je voyais à la télévision n'avait rien à voir avec la vraie vie. Alors, j'ai voulu fixer la vraie vie, et ce besoin psychique impliquait d'avoir mon appareil photo avec moi en permanence, et de fixer tous les aspects de ma vie ou de la vie de mes amis. L'appareil photo est aussi une partie de ma mémoire." - Nan Goldin



"Pendant des années mon travail a parlé de sexualité comme d'une drogue, je ne suis pas dépendante au sexe, mais l'idée que l'on puisse devenir en quelque sorte dépendant sexuellement de quelqu'un, c'est quelque chose de problématique à plusieurs niveaux, emotionnellement et mentalement... et pourquoi ce besoin du couple est si fort..." - Nan Goldin

Oui, alors là c'est clair que c'est une question sur laquelle il faudra revenir...


jeudi 10 septembre 2009

Les sagas islandaises mentionnent un lieu nommé Svalbard, la côte froide, à quatre jours de mer du pays des glaces, et qui semble correspondre à la côte orientale du Groënland. L'archipel que les Norvégiens désignent aujourd'hui sous ce nom, n'a donc aucun lien avec le Svalbard des Vikings. C'est Willem Barents, un navigateur hollandais qui, pour la première fois, le mentionne sur une carte, sous le nom de Spitsberg (Spitzberg), la montagne pointue.

Barents cherchait un passage pour rejoindre l'Asie en évitant la route maritime sud, celle du Cap de Bonne Espérance, tenue par les Portugais. Les États de Hollande promettaient une forte prime à celui qui parviendrait à gagner l'extrême-orient par le nord. Dans son périple, Barents explora aussi les abords de l'Île aux Ours (Bjørnøya) et de la Nouvelle Zemble (Novaïa Zemlia, la Nouvelle Terre) où il laissa sa peau en 1597.

Il y eut d'autres tentatives mais, finalement, les Hollandais changèrent de stratégie. Moins d'un siècle plus tard, ils s'installaient au Cap après avoir réglé leurs comptes aux flottes portugaise et espagnole.

Ce n'est qu'en 1879, que le Suédois Adolf Erik Nordenskjöld réussit à passer de l'Atlantique au Pacifique en longeant les côtes de la Sibérie à bord de la Vega, une baleinière de 45 mètres. Le voyage a duré plus d'un an. Stoppé par les glaces début septembre 1878, peu après le cap Chelagsky, à quelques jours de navigation du détroit de Béring, le bateau et son équipage ont été contraints à un hivernage de dix mois.

Image: Flickr Creative Commons - Peter Vermeig/Global Crop Diversity Trust

La dernière fois que je me suis baigné en Mer de Barents, en plein été du côté de Vadsø, il faisait plus de 25 degrés. Et cette année, à la fin du mois d'août, deux cargos de la compagnie allemande Beluga Shipping sont partis de Vladivostok pour tenter de rejoindre l'Europe par le passage du nord-est, sans l'assistance des brise-glace russes.

Image: Flickr Creative Commons - Mari Tefre/Global Crop Diversity Trust

Au rythme auquel le climat se réchauffe, je suis certain que l'on verra bientôt des papillons au Svalbard, ça changera des ours !


vendredi 4 septembre 2009

Je vous ai parlé de l'orgone, mais pas encore de l'orgasmotron. C'est une machine qui ressemble au pianocktail de l'Écume des jours. Son inventeur, le malfaisant docteur Duran Duran, a eu cette idée originale que l'excès de jouissance pouvait être léthal. Comme c'est un méchant, il utilise l'orgasmotron pour torturer ses victimes en leur infligeant des orgasmes successifs de plus en plus violents et dont elles finissent par mourir.

Je ne sais pas comment il a eu cette idée, ni sur qui il l'a testée auparavant, mais quand il y enferme son ennemie jurée, la sémillante et perverse Barbarella, c'est le bide complet: l'ogasmotron (l'Excessive Machine, dans le film avec Jane Fonda) explose, incapable de produire un orgasme d'intensité suffisante pour achever la belle.



Le corps en sueur de Barbarella dans l'orgasmotron m'en évoque un autre. C'était à Paris et il faisait très chaud.